Préserver les sols


Favoriser la diversité des usages des terres

sol_01Les surfaces de bonnes terres agricoles constituent une ressource limitée sur laquelle les conflits d'usage nous apparaissent de plus en plus évidents.

Ainsi en France les sols cultivés ou toujours en herbe perdent en moyenne 90 000 ha par an, soit 0.3% de leur surface totale, au profit principalement des sols artificialisés (sols bâtis, revêtus ou stabilisés et espaces verts urbains). Cette disparition de surfaces agricoles s'accélère  à la fin des années 2000 alors que les espaces naturels avec la forêt ne gagnent plus de nouveaux hectares.

 

Les sols cultivés ont une fonction essentielle de production de nourriture mais ils remplissent également d'autres fonctions environnementales indispensables à la qualité de notre environnement (on parle de services rendus par l'écosystème).   La diversité des usages des terres dans un territoire contribue à la réalisation de ces fonctions de protection :

  Stockage, filtration et qualité de la ressource en eau nécessitant notamment des prairies, des zones tampon et des périmètres de protection autour des captages d'eau potable
  Stockage de carbone dans les sols sous prairies et sous forêts constituant un « puits » pour fixer une partie des émissions anthropiques de CO2
  Epuration des déchets organiques offrant une voie de recyclage dans la fertilisation
  Espace de biodiversité notamment avec les trames verte et bleue assurant une connexion entre les espaces naturels d'un territoire

La fertilisation joue un rôle essentiel  pour améliorer la fertilité des sols et augmenter la production sur les terres actuellement cultivées.  Elle fait partie des solutions d'éco-intensification pour produire mieux afin de répondre  aux besoins alimentaires d'une population en croissance rapide d'ici  2050 tout en préservant des espaces naturels de protection de notre environnement.

list_arrowPour en savoir plus : Agreste L'artificialisation du territoire atteint 9% du territoire en 2009

 

Lutter contre l'acidification

sol_02Les sols sur schistes, grès ou granite ainsi que les sols développés sur des sables ou des limons décarbonatés sont naturellement acides et ont généralement  un faible potentiel pour la production agricole.

L'acidification est un processus naturel qui a tendance à s'accélérer  en sols cultivés et sous un climat pluvieux. Il résulte notamment de l'apport  répété de produits  organiques de type lisier ou d'engrais minéraux comportant de l'azote ammoniacal acidifiant ainsi que de l'entrainement par l'excès d'eau de nitrate et d'autres éléments nutritifs en profondeur dans le  sol.

Dans ces sols acides, on pratique depuis l'Antiquité l'apport de roches broyées (calcaires ou dolomie finement pulvérisées) ou de chaux pour améliorer la fertilité. La correction de l'acidité pour amener le pH du sol vers une valeur optimale comprise entre 6.0 et 7.0 procure également de nombreux  bénéfices pour l'environnement :

  Meilleure protection de la structure du sol exposée à de fortes pluies (augmentation de la cohésion des mottes et diminution de la battance ou glaçage de la surface du sol) Voir le paragraphe « Protéger l'eau » sur l'érosion
  Diminution de la biodisponibilité des métaux lourds présents à l'état de traces dans le sol (cadmium, plomb, cuivre…) et d'autres éléments ayant un potentiel toxique pour les plantes (manganèse, aluminium) 
   Activité biologique du sol plus intense (bactéries, vers de terre…) assurant une dégradation plus rapide des déchets et des résidus organiques
   Augmentation de la réserve du sol en éléments nutritifs et  amélioration de leur biodisponibilité (phosphore, oligo-éléments) 

D'après la Base de Données d'Analyses de Terre (BDAT) de l'INRA un tiers des petites régions françaises ont des sols acides qui nécessitent une correction par la pratique du chaulage (apports d'amendements minéraux basiques sous forme de carbonates ou de chaux le plus souvent).

carte-france-ph-sols

list_arrowPour en savoir plus : Brochure chaulage du COMIFER (2009) et BDAT

 

 

Prévenir la contamination des sols

L'apport de matières fertilisantes aux sols agricoles s'accompagne d'un risque de contamination des sols du fait des tonnages tout à fait considérables épandus chaque année en France :
  12 millions de tonnes d'engrais et d'amendements minéraux
  250 millions de tonnes environ d'effluents d'élevage (lisiers, fumiers, fientes…)
  Une dizaine de millions de tonnes de boues et de composts issues du traitement de déchets d'origine urbaine ou industrielle

C'est pourquoi la réglementation définit certains critères de qualité définissant l'innocuité d'une matière fertilisante afin de limiter le flux d'éléments indésirables  qui pourrait être apporté aux sols.

Trois catégories de contaminants sont concernées selon la nature des matières fertilisantes  :
  Les éléments trace ET (improprement appelés " métaux lourds") susceptibles d’être présents dans l’ensemble des matières fertilisantes d’origine minérale ou organique. Des flux annuels réglementaires à ne pas dépasser ont été définis pour chaque élément. Des valeurs limites ont ensuite été proposées pour plusieurs éléments trace susceptibles d’être présents  dans les matières fertilisantes (arsenic, cadmium, chrome, plomb, mercure, nickel…).
  Les composés trace organiques CTO parmi lesquels figurent des polluants organiques persistants tels que les hydrocarbures aromatiques polycycliques HAP. Leur présence est recherchée par analyse, des valeurs limites sont fixées pour certaines matières fertilisantes plus exposées à ce risque.
  Les micro-organismes pathogènes des animaux et de l’homme qui peuvent se retrouver dans les déchets d’origine animale ou humaine (lisiers, fumiers, boues de station d’épuration…) et présenter un risque éventuel de contamination dans la chaine alimentaire. Des analyses sont réalisées sur certaines matières fertilisantes d’origine organique pour détecter la présence d’entérobactéries, de clostridies, de salmonelles  ou encore d’œufs d’helminthes.

Les producteurs de matières fertilisantes contrôlent leur production en pratiquant des analyses régulières sur leurs matières premières, en favorisant la diminution du potentiel pathogène au cours du traitement de déchets organiques d’origine animale ou humaine (hygiénisation, compostage…) et en respectant  le cas échéant les obligations d’information sur l’étiquetage des produits pour l’utilisateur . Par exemple, l’accès aux terres est interdit aux animaux d’élevage pendant au moins 21 jours après l’épandage de matières fertilisantes contenant des sous-produits animaux autres que les lisiers et fumiers.

La présence de trace de cadmium dans les phosphates minéraux

Le cadmium Cd est présent à l'état naturel dans les sols. La valeur médiane de la teneur en Cd dans les sols français est de 0.25 mg de Cd par kg de terre fine avec une variabilité importante (0.02 – 8.10 mg Cd/kg) 1.· L'acidité du sol contribue à augmenter la biodisponibilité de cet élément. Voir paragraphe "Lutter contre l'acidification".

Cet élément est par ailleurs apporté aux sols par des sources diverses·: déposition atmosphérique, effluents d'élevage, boues et composts, engrais minéraux. Bien que les flux de Cd apportés par ces différentes sources aient diminué soit sous l'effet d'une réglementation plus contraignante, soit du fait d'une diminution des apports d'engrais, l'Union Européenne souhaite réduire encore le risque d'accumulation à long terme de l'élément dans les sols.

C'est pourquoi une réglementation limitant les teneurs en cadmium dans les engrais phosphatés est discutée avec les états membre.· Elle se propose d'harmoniser des valeurs limites déjà fixées par plusieurs états membre. Elle devrait cependant ne pas exclure les sources de· phosphates d'Afrique du Nord et du Proche Orient dont dépend à 85% l'approvisionnement de l'UE qui n'a pas de ressource propre en dehors d'une mine en· Finlande.

1 INRA-ASPITET Statistiques pour 1110 horizons de surface de sols

list_arrowPour en savoir plus : http://etm.orleans.inra.fr/webetm1.htm